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Les aventures du Soldat Bidoui
Bidoui et le
reste
Bidoui peut venir chez vous, si vous le lui demandez....pour vous faire passer un moment...
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( les sales Boches)
ou comment être un bon soldat
Bidoui ne comprenait pas pourquoi les Allemands étaient venus jusque chez lui : la guerre, c’était pas là, et puis on n’était plus en guerre, puisque le gouvernement d’alors avait signé avec eux la capitulation, ça voulait dire que les Français avaient perdu leur liberté et beaucoup de choses, et ce gouvernement leur avait prêté la moitié de la France.
Il y avait : la France occupée (à quoi ?),
la France libre (de quoi ?).
Il paraît qu’ils étaient venus pour emporter la statue du fondateur de la ville, qui était en bronze, pour la faire fondre ! (quelle drôle d’idée !), mais ils avaient pas pu y aller, parce que les maquisards leur avaient tiré dessus (Bidoui vous l’a déjà raconté) , et même s’ils y étaient allés, ils n’auraient pas pu, puisqu’elle s’était cachée ! c’est vrai qu’ils auraient pu demander où elle était, et peut-être qu’ils auraient pu, parce qu’il y a des gens qui savent tout, mais Bidoui, il aurait pas pu leur dire, parce que il savait pas et en plus il était pas là !
Après la guerre, il est resté des Allemands, mais c’étaient plus des soldats, c’étaient des P.G. , c’était écrit dans leur dos, et avant, il y avait des Français comme eux, mais en Allemagne, mais c’étaient des K.G. , et Bidoui a compris plus tard que, en France G voulait dire guerre, mais qu’en Allemagne, il voulait dire prisonnier, mais de toute façon ça changeait rien parce que, là-bas, c’étaient sûrement des sales Franzosen !
Ces prisonniers, c’était un peu comme les esclaves d’avant, quand les gens n’étaient pas bien civilisés, en tout cas bien moins qu’à notre époque !, et en plus, comme on disait qu’ils étaient sales ( des sales Boches) , Bidoui comprenait qu’ils ne pouvaient pas aller à la douche de l’usine et qu’il ne leur restait que la pompe, pour que un se lave, pendant que l’autre s’amusait à la faire tourner, pour que l’eau sorte, pour laver l’autre sale type ! ( assurément le plus sale des deux !).
Et puis, un jour, Bidoui a vu deux de ces sales types arriver chez lui : ils apportaient chacun une pelle et une pioche, et ils venaient aider Tonton Georges à débarrasser le jardin du grand-père de toute la mauvaise terre et des graviers, qui étaient descendus de la montagne sur leur cheval au galop, mais qui, fatigués par une telle course s’étaient arrêtés là, alors que c’était un endroit privé, où le stationnement était parfaitement interdit, et ils avaient d’un bond sauté le fossé et le monticule de terre qui faisaient barrière et qui paraissaient une montagne infranchissable à Bidoui, et ils s’étaient joyeusement étalés sur les trois quarts du jardin, où ils s’étaient installés à demeure, ne manifestant aucune bonne volonté d’en ressortir tout seuls !
Ils devaient aussi avoir amené une brouette, ou alors c’était Tonton qui avait amené la sienne, avec son vélo, quand il s’était marié avec la maman de Bidoui et de son frère. Bidoui ne se souvient pas bien de ce qu’ils ont fait de tout ce sable, de toute cette mauvaise terre et de ces cailloux : il pense qu’ils ont dû rehausser le talus, après avoir curé le fossé ( ça veut dire avoir enlevé tout ce qui comblait le fossé), et ils ont travaillé sans arrêt, le matin, l’après-midi et le lendemain et peut-être encore plus, et Tonton Georges, qui était pas prisonnier, parce qu’il n’avait pas P.G. sur sa veste, mais qui était le chef des prisonniers, a travaillé pareil que les prisonniers, et ils ont enlevé leur veste tous les trois, et ils étaient pareils, et tout le monde était bien content, et le jardin aussi, qui reprenait ses couleurs, et le grand-père aussi et la grand-mère aussi, et Bidoui aussi, et son frère aussi, et la maman de Bidoui a fait à manger pour tout le monde, et ces sales boches à table étaient très bien élevés, ils avaient pris leur serviette, et ils savaient s’en servir, et ils disaient « Merci Madame », et ils avaient des enfants, et ils nous ont montré les photos, et ils étaient contents d’être en famille avec nous, et Bidoui s’est aperçu qu’ils n’étaient pas sales, ni boches, mais comme nous et qu’il devait leur tarder de revenir chez eux, eux aussi, et que ceux-là, ils n’y étaient pour rien, comme la plupart des soldats qui doivent aller se battre, sans savoir pourquoi, et Bidoui s’est dit que si un jour il était soldat, il se ferait prisonnier pour aller manger chez les gens et pour parler avec eux, même si c’était pas tout à fait la même langue, et puis quand il a été soldat il s’est aperçu que si c’avait été la guerre, il aurait pas été content du tout, mais comme c’était pas la guerre et qu’on le faisait jouer à la guerre il se disait que de jouer à la guerre quand il y avait pas de guerre, c’était un moyen de tuer le temps à ne rien faire, et que c’était le plus important pour un soldat sans guerre de faire semblant de toujours faire quelque chose, mais surtout de ne rien faire, comme tous ces gens qui avaient des barres sur les manches et qui passaient leur temps à faire faire des choses qui ne servaient à rien , mais qui devaient être bien faites, et qu’ils étaient là pour vérifier que tout était bien fait :
le lit (il était toujours mal fait même s’il était bien fait et il fallait le refaire).
le ménage (il était toujours mal fait même s’il était bien fait et il fallait le refaire).
le nettoyage du fusil (il était toujours mal fait même s’il était bien fait et il fallait le refaire).
le balayage des escaliers avec un arrosage avec une boîte percée pour la poussière, pour que le soldat ne meure pas au travail (il était toujours mal fait même s’il était bien fait et il fallait le refaire, même si la boîte était bien percée).
… … … ... …
Et le soldat Bidoui, qui était déjà un vieux, puisqu’il avait vingt-sept ans ( y en a peut-être qui se demandent pourquoi Bidoui écrit en lettres, les nombres, et pas en chiffres, pas les lettres, les nombres, puisque c’est plus court, et aussi plus facile !, Bidoui, vous explique : quand il était à l’école, son maître lui a appris qu’on devait écrire comme ça , sauf pour les dates, et bien sûr pour les opérations, parce que sinon ce serait très très compliqué de faire des opérations en lettres !), et qu’il avait aussi une femme et deux petites filles, qu’il a complétées par un garçon, mais un peu plus tard, et qu’au début qu’il était à la caserne, comme il avait la barbe (1) , chose défendue dans cette caserne, et aussi qu’on lui avait donné un habit un peu usé qu’il s’est empressé de mettre, pour ne pas abîmer l’autre qui était tout neuf, et qu’à cause de tout ça, ses copains de chambre qui n’avaient pas encore bien vu qu’il était un comme eux, ils le saluaient quand il descendait l’escalier, et le laissaient passer, et Bidoui leur rendait leur salut, mais ça n’a pas duré longtemps, car ils ont vite vu qu’il était l’un des leurs, ce dont il ne s’est pas caché, la gloire étant éphémère, et ils ont cessé de le saluer, et Bidoui a continué à mettre son vieil habit et le soir, il mettait son imperméable et il sortait de la caserne et les jeunes soldats qui montaient la garde le saluaient et lui aussi, et il allait acheter des oranges, et il revenait à la caserne un peu plus tard, et on le saluait, et il rendait le salut et il était content car dans sa vie on ne l’avait jamais encore autant salué !!!
Et pour le ménage et le reste, Bidoui et les autres ont vite compris qu’un bon soldat est celui qui obéit aux ordres, c’est à dire qu’il ne fait pas ce qu’on lui demande, car sinon il doit recommencer, mais qu’il fait semblant de faire ce qu’on lui demande !
Par exemple :
Pour nettoyer l’escalier, il ne faut pas le balayer, il faut l’arroser juste avant que le gradé ne passe. (Un gradé : pluriel des gradés, Bidoui trouve que ça fait drôle, mais que c’est souvent un peu vrai)
Pour nettoyer le fusil, il ne faut pas le nettoyer, il faut juste mettre un peu de graisse propre là où le gradé regarde.
Pour nettoyer les toilettes, il faut seulement mettre de l’eau dans la salle juste avant que le gradé n’arrive, pour qu’elle n’ait pas le temps de sécher et qu’il croie que c’est lui qui salit avec la poussière qui est collée sous ses chaussures !
La première fois que Bidoui et ses copains ont nettoyé leurs chaussures, alors qu’il n’y avait que peu de temps qu’ils n’étaient plus civils, une race de dégénérés, le premier qui a été contrôlé a écopé de huit jours de tôle ( pour les enfants, ça veut dire qu’on allait en prison, mais dans une pièce de la caserne, qu’on vous prenait la ceinture de vos pantalons (*)et les lacets de vos chaussures et qu’on vous faisait faire quelques corvées de temps, comme ramasser des feuilles ou balayer, et tout ça escorté d’un autre soldat qui n’était pas puni lui, et avec qui le prisonnier pouvait bavarder, et aller s’asseoir sous un arbre quand il faisait chaud, tout en regardant les copains qui n’étaient pas punis, en train de rôtir au soleil en marchant au pas, ou en train d’apprendre le maniement d’armes c’est à dire à faire comme on voit à la télé avec son fusil, à le monter, à le descendre à le poser à le mettre sur l’épaule, à avancer avec, (pas à reculer : un soldat ne recule jamais, même devant l’ennemi, sauf si le gradé s’enfuit le premier, auquel cas tout le monde le suit, de peur qu’il ne se perde, pour le ramener à la maison !). (*Le plus difficile était de ne pas les perdre !)
Bidoui, lui, avait pratiqué ce genre d’exercice, c’est à dire de se mettre dans un coin à l’ombre, pendant que les copains faisaient tout ce qu’il vient de vous décrire : pour en arriver là, il fallait attendre qu’un gradé de grade plus élevé passe pendant que le gradé d’un grade moins élevé faisait travailler ses soldats, et le gradé de grade plus élevé que le gradé de grade moins élevé, venait contrôler ce gradé ( de …) et alors Bidoui avait trouvé tout seul, et il ne l’avait dit à personne, car tout le monde aurait voulu faire pareil, qu’il suffisait avec son fusil de partir en même temps que les autres et de terminer aussi en même temps, mais sans décomposer le mouvement, ce qui fait que le gradé de grade (…) s’apercevait tout de suite qu’il y avait un fusil qui se conduisait mal et ça donnait alors : « Troisième rang, quatrième rangée, dehors ! » et qui sortait du rang tout penaud ? Bidoui ! et le gradé de (..) « Caporal, allez apprendre à cet homme à manier son fusil correctement ! »
Et l’ordre était
exécuté immédiatement, et Bidoui sans presque bouger les lèvres « On va là-bas à l’ombre, on sera mieux ! et on allait là-bas et ça durait jusqu’à ce que Bidoui sache faire ! et il
savait faire quand il disait à son caporal particulier : « Si je le fais comme il faut on s’arrête un moment ? » et si le caporal avait dit non, ça aurait pu durer toute
l’année et le caporal disait oui parce qu’il était fatigué lui aussi de répéter tout le temps la même chose, et tout le monde était content.
Pour bien nettoyer les chaussures avant que super gradé ne revienne, on a dû faire appel à l’intelligence collective du groupe qui commençait à se former à cause des gradés dégradés par leur manque d’imagination et leur autorité systématiquement agressive, et il a été décidé de réserver quelques brosses à dents à l’accomplissement de cette tâche si importante pour le gradé …, un coup pour les dents, un coup pour les crampons, un coup pour les dents, un coup pour les crampons … et quand il est repassé, il n’a même pas regardé le dessous des chaussures, ni le dessus, car il avait fait son devoir et il savait que toutes les semelles étaient propres, mais ce qu’il savait moins, c’est qu’on le prenait pour ce qu’il était et peut-être que chez lui, il se faisait engueuler par sa femme, s’il laissait traîner ses chaussures !
Et le malheureux qui avait été puni, il a eu aussi une autre punition pour rien du tout, et il est devenu un récidiviste très dangereux, à surveiller, un bon à rien ! heureusement on lui a dit qu’il n’avait pas à s’en faire que c’était que de la bêtise et que si on allait à la guerre, ce gradé il entendrait parler de nous, et finalement on a bien rigolé et lui aussi.
Plus tard, on a changé de caserne, une bonne partie de notre groupe, après trois mois de classes ( ça veut pas dire qu’on allait à l’école ! ça veut dire qu’on avait appris beaucoup de choses, qu’on savait franchir les grillages, escalader les murs, se servir des armes et faire des cartons, plus ou moins réussis , et même à se protéger en cas d’attaque nucléaire ! ( mais il planait comme un doute, car pour se protéger des méchants rayonnements, les gamma, il suffisait de se mettre une couverture sur la tête, et c’est depuis cette époque que Bidoui prend toujours une couverture dans sa voiture : on ne sait jamais …), on est allé à l’endroit où on devait terminer notre service militaire après y avoir subi une formation de spécialistes !
Bidoui avait déjà été tirailleur Sénégalais ( c’était le nom de son premier régiment), qui était devenu infanterie de marine, et comme ils avaient des bateaux, ils ne lui ont jamais demandé s’il savait nager, juste s’il avait le certificat d’études, et il a répondu que non parce qu’il ne l’avait jamais passé, et il se rappelle ce jour où il était arrivé à sa première caserne et où, à celui qui était après lui, qui avait dit qu’il avait l’agrégation de philosophie, le troufion de service lui avait demandé : « Ca comprend le Bac ? » et il avait répondu : « En principe ! » car à la caserne, il n’y avait que deux diplômes possibles : le certificat d’études ou le bac !
Dans le groupe pour la deuxième caserne, il y en
avait deux qui avaient le Bac : Bidoui et un de ses copains, et quand on est repassé à l’inscription, comme on était tous les deux les premiers, ça a intrigué le préposé de rencontrer deux
bacs, coup sur coup, et il a demandé s’il y en avait d’autres qui avaient le Bac, et on lui a dit « Tout le monde ! » et la nouvelle s’est répandue dans le bureau comme une explosion : « Ils ont tous le Bac ! » Et dans la première
caserne, comme on avait quelques gradés trop intellectuels, ils avaient décidé de nous faire un interrogation écrite, le samedi matin, et ceux qui n’avaient pas la moyenne, faute de moyens…,
étaient consignés, ce qui veut dire qu’on les prenait pour des imbéciles et qu’ils ne pouvaient pas sortir… à cause de la mise en garde !
Pour couper court à ces brimades, Bidoui et son copain « Le Bac » avaient chacun pris en charge la moitié
de l’effectif, comme deux mères poules sous leur aile, et ceux qui se sentaient mal pouvait faire appel, et ce groupe devint très vite un de ceux qui obtenait régulièrement les meilleures notes
aux interrogations, et la petite hiérarchie se félicitait de ces bons résultats, et les recrues aussi, et la porte s’ouvrait pour eux sur le monde
extérieur, celui des civils, où malheureusement on rencontrait aussi des militaires qu’il fallait saluer, et des jeeps avec des casques blancs (MP), qu’il fallait éviter, parce qu’en plus du
casque, ils avaient des matraques, et de têtes pas…tibulaires, et aussi c’était pas des Français, c’était des « Military Police » ou
peut-être des « PM » et c’était des « Police Militaire », mais ça changeait rien, ils étaient aussi à éviter les uns que les autres !
On s’est retrouvé de nouveau des bleus à cette caserne et on est repartis pour deux mois de classes supplémentaires, ce qui commençait à bien faire, et là on a bien rigolé :
D’abord on n’était même pas installés dans notre chambre, que trois ou quatre anciens des plus malins sont venus chez nous pour la ramener un peu, mais il y avait avec nous un jeune mineur de Carmaux, avec des biceps comme des pectoraux, et des jambes comme Monsieur Muscles, et qui s’est dressé sur son lit armé de son seul slip, pareil à l’homme de Cro-Magnon, et qui leur a demandé ce qu’il voulaient, mais il n’a pas eu le temps de sauter de son lit qu’ils avaient déjà dévalé les escaliers et qu’ils avaient disparu à l’horizon !
Le problème étant réglé avec les anciens, il a fallu s’attaquer aux petits gradés qui nous voulaient du mal, mais ils ne savaient pas que nous étions déjà de bons soldats et que nous connaissions plein de choses, et surtout comment les faire tourner en bourriques !
Le premier jour, après les habituels coups de gueule, pour le lit mal fait, l’armoire mal rangée, le ménage déplorable etc.. etc … qui faisaient partie du rituel on nous a réunis dans une salle et un sergent de carrière a commencé à nous apprendre le fusil que nous connaissions déjà beaucoup, et comment le démonter et comment le remonter, et on l’a écouté bien gentiment et il était content de se sentir si chef, mais tout s’est gâté quand il nous a demandé d’appliquer son enseignement : un simple coup d’œil entre nous, nous a donné la marche à suivre : en une seconde, la salle était pleine de morceaux de fusils, enfin de toutes les pièces qui peuvent s’échapper si on les laisse faire, il y en avait partout ! et il criait, le sergent : « Les ressorts, les ressorts, tenez les ressorts ! », mais c’était trop tard et on a passé le reste de la matinée à remonter les fusils, mais ces ressorts ne se laissaient pas faire jusqu’à l’heure du repas où ils se sont assagis et on a pu aller manger, bien contents de notre première leçon…
L’après-midi, on a eu droit à quelque maniement d’arme, et à un peu de marche au pas dans la cour de la caserne, sous l’œil rigolard des quelques soldats qui erraient avec une nonchalance consommée, puis vint le nettoyage des fusils, et le sergent (de carrière) eu l’heureuse idée de nous dire qu’ils n’étaient pas bien nettoyés, alors que nous étions passés maîtres dans cet art, et il nous dit que nous recommencerions après le repas et qu’il viendrait vérifier : et nous avons mangé de bon appétit dans un réfectoire très bien installé, avec les couverts mis, ce qui nous changeait de notre ancienne caserne et de ses bidons d’eau chaude ; ici, il y avait même le lave-vaisselle et nous sentions comme des papes en leur château tout neuf.
Les fusils restèrent bien sagement au pied des lits, et nous allâmes faire un tour en ville, et nous ne revînmes à la caserne qu’assez tard et nous nous couchâmes tout heureux et le lendemain matin, qui vint nous voir avec un gentil sourire ? notre sergent qui nous demanda de bien vouloir le suivre pour rendre les fusils à l’armurerie, heureux d’avoir eu une nuit de liberté (les fusils) et notre sergent fut le plus aimable des sergents que l’on puisse désirer, et nous aussi…et il ne regarda même pas les fusils, plus jamais non plus !
Nous étions arrivés à cette caserne au début de l’année et le froid nous y avait rejoints : nous fîmes ensuite la connaissance du chef J… qui avait un nom corse, et qui était corse, mais qui était aussi fort sympathique avec ses hommes, c’est à dire avec nous, qu’il ne traitait pas comme des malotrus mais comme des gens normaux, ce qui nous changeait un peu de beaucoup de ceux que nous avions côtoyés auparavant !
Un matin frisquet, il nous amena, à pied et en rang, sur le causse à proximité de la ville, et ses copains le chahutaient en lui disant « On va à la guerre ! », et il répondait sans rien dire, avec ses épaules, et nous commencions à l’estimer déjà ; nous voici sur le causse, avec la neige qui vient nous faire un brin de conduite.
Pas de débâcle ni rien de semblable à la retraite de Russie : nous ne faisions pas la guerre, mais juste semblant, et rien ne nous pressait, et pourtant la petite troupe se mit à gagner du terrain sur Bidoui, accompagné de son copain du Bac, et chaperonné par un caporal qui nous exhortait à aller plus vite pour ne pas nous laisser distancer, mais là, il ne savait pas ce qui l’attendait ! En effet Bidoui était un spécialiste de la marche, mais à sa manière. Dans sa première caserne, il avait appris à tous les gradés, comment marcher à son allure (la sienne : celle de Bidoui).
La première fois que lui et ses copains de guerre étaient sortis de la caserne pour aller jouer dans les bois environnants, sur trois kilomètres de trajet, il avait bien pris un kilomètre de retard, et comme personne ne le connaissait particulièrement, on se demandait où il était passé ! on ne perd pas un homme comme ça, surtout quand il n’y a eu aucun coup de feu ! Enfin, après un quart d’heure , Bidoui est apparu, exténué, et il est allé bien vite (si l’on peut dire) s’excuser auprès du gradé de grade le plus élevé, car c’était ce qu’il fallait faire et il lui a expliqué qu’il avait des difficultés pour marcher, et qu’en plus il commençait à avoir de l’âge, et que tous ces jeunes marchaient trop vite pour lui (les gradés aussi, mais Bidoui le leur a pas dit : c’est toujours la faute au soldat, et jamais au gradé), et ce gradé c’était un capitaine (celui qui était normal) et il a très bien compris que Bidoui faisait ce qu’il pouvait, mais qu’il ne pouvait pas beaucoup, et tout s’est bien passé , et ça a duré jusqu’à ce qu’on mette Bidoui le premier (mais ça n’a rien changé, parce que les autres l’ont dépassé et il est encore arrivé le dernier) et ensuite on a remis Bidoui le premier et on a interdit aux autres de le dépasser, et Bidoui est arrivé le premier, mais les gradés étaient déjà arrivés depuis un quart d’heure, mais tout s’est encore bien passé et ça a duré tout le temps que Bidoui a passé à cette caserne !
Sur le causse et dans la froide neige (à vrai dire c’était juste une petite chute qui n’avait rien à voir avec le Niagara), le trio des trois soldats, Bidoui, celui du Bac et le caporal ont vu la troupe disparaître à l’horizon poudreux, et le caporal avait une peur blanche de se faire engueuler par le chef, et Le Bac se marrait, en cachette, et Bidoui a sorti de son sac sa moitié de tente, et il se l’est mise sur la tête, comme pour se protéger de la neige, et le Bac a pris un bout de corde qui pendait de la tente et il l’a passé sur son épaule et il a fait comme s’il tirait Bidoui pour l’aider à avancer, et le caporal suivait en pensant à l’engueulade inévitable, et la caravane est arrivée à la bergerie où la troupe était rassemblée à l’entrée, pour admirer l’attelage, et le chef avait été mis au courant par les autres ; « Qu’est-ce que c’est que ce cirque ? » -- « C’est Bidoui, il peut pas marcher ! » Et Bidoui a été reçu avec beaucoup d’égards, et le chef lui a conseillé d’aller voir illico le docteur qui s’appelait autrement, pour qu’il le dispense de marche, sur son ordre, et dès le retour à la caserne Bidoui s’est dépêché d’obéir, parce que, un ordre, ça ne se discute pas, et il n’aurait pas voulu faire de peine à son nouveau chef !
Comme Bidoui ne veut pas vous ennuyer avec toutes ces histoires de guerres, il va s’arrêter pour le moment et il vous remercie de l’avoir accompagné un moment, et n’oubliez pas qu’il est à votre entière disposition..
(1)Comme Bidoui se plaisait beaucoup à la caserne, il a demandé à son capitaine qui était celui-là un homme normal ! s’il pouvait avoir quelques jours de
congé, alors qu’il y avait à peine une semaine qu’il venait d’arriver, pour déménager, car sa femm
e avait obtenu un nouveau poste pour cette année-là, mais qu’il avait déjà déménagé depuis deux mois, mais ça il l’a pas dit au capitaine qui lui a donné ses trois jours, et
pour le remercier à l’avance Bidoui avait accepté de couper sa barbe, mais comme avant on lui avait déjà fait la photo pour ses papiers militaires, il est devenu un imposteur, car sur la photo il
avait la barbe et que c’était défendu, et que sur la figure il avait pas la barbe et que c’était permis et même obligé, et quand ses deux petites filles l’ont vu quand il est arrivé pour
déménager, elles ont crié « Maman, la barbe à papa ! » Bidoui a été content et il a pas redéménagé et puis il est revenu à la caserne, et il a retrouvé son capitaine qui lui a
demandé si ça s’était bien passé le déménagement , il lui a dit que oui, et il mentait pas que c’était bien du passé, et il a continué à faire connaissance avec son capitaine d’alors, car ensuite
il a connu d’autres capitaines, et même un qui fumait la pipe en parlant à Bidoui, et Bidoui n’y comprenait rien, mais il disait quand même « Oui mon capitaine, parce que, on répond toujours
ça à un capitaine, et surtout jamais non !
N’oubliez pas votre commentaire à c.bidoui@free.fr